SESSION AVRIL 2021 – Allocution de bilan de mandat de Christophe Greffet

Nous voilà au terme d’un mandat de six ans que nous avions souhaité utile pour l’Ain et ses habitants. Je crois pouvoir dire que notre groupe -mes collègues Mireille Louis, Guy Larmanjat et moi-même- a contribué de manière constructive à l’action du Département tout au long de ces années.

Nous nous sommes toujours souvenus que 40% des électeurs de l’Ain avaient fait confiance aux candidats de notre bannière en 2015 et que nous avions la responsabilité de porter leur parole. Nous avions -il est vrai- déjà posé des jalons dans le mandat précédent.

Le souvenir de ces années passées à défendre le Département -si je l’avais oublié- m’est revenu en vous entendant récemment exhumer le dossier des emprunts toxiques. Cette histoire, c’est un peu celle de Bonaparte au pont d’Arcole. Celui qui brandit l’étendard de la victoire au centre du tableau n’est pas le vainqueur en vérité puisqu’il est tombé dans la vase ce jour-là mais les propagandistes du régime -on dirait aujourd’hui les communicants- se sont empressés de travestir la réalité.

Si l’Ain bénéficie aujourd’hui de 45 millions d’euros d’aide, c’est qu’il s’est trouvé des collectivités et des élus -dont j’étais- pour dénoncer ce scandale de la dérive financière et faire pression sur l’Etat à force de recours. Autant d’efforts qui ont permis d’obtenir la création d’un fonds de soutien sans lequel les dégâts eurent été plus durs encore.

Mon propos n’est pas de dire aujourd’hui qui -dans une majorité installée avant 2008, a cédé au chant des sirènes en ayant recours à ces emprunts exotiques, mais de me féliciter d’un travail qui a permis à l’Ain de sortir d’une situation intenable dans laquelle certains l’avait mis. A l’heure des bilans et d’une campagne à venir, il me paraît essentiel de rétablir la vérité.

Et l’honnêteté doit nous conduire, tous, à dire que ce scandale coûte à l’Ain 60 millions d’euros pour de longues années encore.

C’est aussi pourquoi nous n’avons eu de cesse – au cours de ces années- de dire combien la vie sociale, la culture, le sport et les loisirs avaient besoin de nous et méritaient mieux que les coupes budgétaires drastiques opérées à votre arrivée.

Au moins les familles de l’Ain bénéficiaires du chéquier-jeune -que nous avions  aussi proposé en 2015- pourront se féliciter des facilités d’utilisation à force d’interpellations de notre part en 2018, 2019, 2020 et encore, cette action n’a pas totalement trouvé son public si l’on en juge par le niveau de consommation des crédits.

Nous avons aussi souvent fait le retour ici des conséquences des réorganisations dans le domaine de l’action sociale et celui des routes. Ces changements ont-ils servis l’efficience de la collectivité à l’aune de la satisfaction de l’usager ? Rien n’est moins sûr si l’on en juge notamment le ressenti de ceux qui fréquentent le guichet social dans un moment où la précarité gagne du terrain.

Nous avons demandé avec constance à connaître certains indicateurs -comme la distance parcourue par les agents de la solidarité ou ceux des routes- et qui disent beaucoup du temps consacré aux missions confiées. Nous sommes toujours en attente d’une quelconque réponse.

C’est en tout cas pour moi l’occasion de saluer l’engagement des 2000 agents de notre collectivité constamment voués à leur tâche et soucieux avant tout de servir. Les élus peuvent toujours s’arroger les lauriers -c’est l’habitude- mais sans ces hommes et ces femmes, la mise en œuvre des choix politiques resterait lettre morte.

Ce qui nous réunit tous -aujourd’hui comme demain dans l’adversité- c’est cette même passion pour notre département, ses atouts, ses acteurs et ses habitants. Vous le savez, certains milieux centraux ne sont pas convaincus de la pertinence de notre échelon. Il y a d’ailleurs fort à parier que les élections régionales éclipsent l’échéance départementale ce mois de juin. La faute sans doute à la personnalisation des combats et à la perspective présidentielle.

Disons le tout net, nous sortons d’un mandat qui a vu la collectivité prise en étau. L’étau financier -déjà- à partir du moment où la dépense sociale ne cesse de progresser et franchit même le seuil de 50% de notre budget. Une dépense croissante -sans juste compensation- et de plus soumise au pacte de Cahors, ce plafond de verre de 1,2%.

Au moment où les totems financiers tombent les uns après les autres pour faire face à la crise sanitaire -les 3% de déficit ou les 60% d’endettement pour l’Etat- il y a quelque chose de surréaliste à vouloir maintenir un tel garrot à l’échelon  local. De la même manière, le dépeçage fiscal de notre collectivité jusqu’à la disparition du dernier impôt cette année nous renvoie aux pires heures de la centralisation.

Voilà des combats communs à mener -pour peu que les élus locaux gouvernant à Paris n’oublient pas d’où ils viennent ! Ce serait du reste au débat présidentiel de faire place à ce sujet dans la mesure où il ne sera pas de réforme réussie de la France sans les collectivités locales.

Nous savons aujourd’hui nos capacités et nos limites. A mi mandat, j’avais dit comment l’investissement de notre collectivité ne retrouverait pas son niveau d’avant crise. Une autre crise de la décennie passée, financière celle-là ! Nous en sommes là et l’investissement de ces années n’aura pas dépassé celui des précédentes.

L’occasion de dire qu’il nous faut désormais cibler nos choix et répondre à l’urgence écologique.

Cette session sera l’occasion d’un début de commencement de rénovation thermique de nos bâtiments. Au terme du mandat. Le Département ne peut pas faire moins que ses territoires qui ont l’obligation d’une feuille de route et surtout de la tenir dans le domaine énergétique.

La crise que nous vivons nous rappelle une chose que nous avions probablement oubliée. Et à l’heure du bilan, il serait de bon ton de se la remémorer et de faire preuve d’humilité.

C’est notre extrême fragilité. Fragilité face au bouleversement climatique qui opère -mêlant le sanitaire- et auquel il va falloir faire face. C’est l’adaptation de notre habitat et de notre mobilité qui s’impose. De la même manière que doit évoluer notre modèle agricole : au-delà des épisodes de sécheresse, ce sont d’autres catastrophes climatiques, récurrentes -tel que le dernier gel- qui viennent réduire à néant les efforts de la profession.

Si l’Ain veut encore peser dans ce domaine, nos interventions devront aussi évoluer. Le plan Marshall a fait long feu. Vive un plan soutenable et partagé.

La conséquence de tout cela, nous la mesurons d’ores et déjà. Les plus fragiles sont de plus en plus nombreux : la crise actuelle fonctionne comme un miroir grossissant les difficultés et le mythe du ruissellement -pour qui y croît- tombe. Le département -1ère collectivité au rang de la solidarité- ne peut pas rester insensible à la détresse et notamment à celle des plus jeunes dans la période.

Notre collectivité devrait faire pièce avec l’ensemble des départements de France pour exiger que les 18-25 ans bénéficient de la solidarité nationale. Ce qui n’enlève rien à nos efforts pour consolider l’insertion par l’activité économique. Mais aider passagèrement ceux qui en ont besoin ne peut qu’en faire des citoyens concernés par l’avenir de leur territoire.

Et puis il y a l’exigence démocratique. Pour ne pas dire l’urgence citoyenne. Je reste convaincu -quand bien même nous sommes élus le temps d’un mandat- que nous ne pouvons pas nous en tenir à une sorte de référendum tous les six ans. Une sorte de stop ou encore.
La démocratie intermittente ne fonctionne plus. C’est tellement vrai que de scrutin en scrutin, de moins en moins d’électeurs se sentent concernés. Et l’échéance de juin devrait malheureusement le confirmer. Vous me direz peut-être que cela traduit la confiance aveugle des abstentionnistes ? Assurément non.

Voilà encore un débat que nous avons porté ici et qui reste pleinement ouvert.

A l’occasion de cette ultime session, je veux saluer l’excellente tenue de nos échanges, le respect mutuel qui a toujours présidé à nos débats sous les deux présidences qui se sont succédées. Cela tient beaucoup à ce que nous sommes, à notre attachement local et à l’intérêt que nous portons tous au moindre recoin des pays de l’Ain.

La diversité des territoires fait aussi la richesse de cette assemblée.

Monsieur le Président, chers collègues, ce qui fait la fierté de chacun d’entre nous au terme de ces six années, c’est d’avoir été utiles aux Aindinois et à l’Ain, quels qu’aient été nos bancs respectifs. Puisse -si j’avais un vœu à formuler- ce sentiment perdurer en chacun de ceux qui demain auront la responsabilité et l’honneur de siéger au sein de cette assemblée !