SESSION FEVRIER 2021 – INTERVENTION DE CHRISTOPHE GREFFET RELATIVE AU BUDGET 2021

C’est un contexte inédit qui prévaut à nos débats. Jamais en effet depuis que notre Département a été érigé en collectivité, le présent n’a jamais paru aussi incertain. De couvre-feu en confinement, l’Ain vit au rythme de la pandémie mondiale et les Aindinois et les Aindinoises se voient contraints dans leur activité et leur mobilité -à tout le moins -quand ils n’ont pas à souffrir dans leur chair du Covid-19.


Notre collectivité -dans son champ de compétences- a assuré la continuité de ses services aux usagers, a su protéger ses personnels et accompagner le tissu économique local particulièrement touché par la crise sanitaire -en particulier le secteur de l’hébergement et de la restauration. Nos positions se sont retrouvées autour de ce plan de soutien délibéré ici.


Mais l’essentiel des difficultés est devant nous. La récession s’installe trimestre après trimestre et déjà nombreux sont ceux qui perdent leur emploi ou ne connaissent aucune activité dans des secteurs contraints à l’arrêt.

Les projections sont inquiétantes malgré les mesures exceptionnelles de soutien au marché du travail puisque à la mi-2021, le taux de chômage devrait culminer à plus de 11% avant de revenir à un taux de 8% fin 2022.
C’est dire si l’Ain -mieux positionné au plan national- devrait malgré tout voir progresser le nombre de ses sans-emploi.


La question qui se pose aujourd’hui – au moment où nous débattons d’un budget de près de 600 millions d’euros- est de dire de quelle manière nous pouvons au mieux faire face dans la difficulté et être aux côtés des Aindinois.

C’est inévitablement dans l’épreuve qu’on mesure la solidité et a fortiori les fragilités des dispositifs d’accompagnement. Ce budget anticipe la hausse de près de 11%, c’est-à-dire de 5 millions d’euros, des crédits dédiés au RSA. C’est dire la précarité qui va gagner notre département et affecter de nombreux ménages.


Mais chacun sait que ce revenu de solidarité ignore les moins de 25 ans qui pourtant paient un lourd tribu dans la pandémie : jeunes en recherche d’emploi dans un marché déprimé, étudiants ayant perdu leur job en marge de leurs études, autant de profils qui n’ont pas toujours la chance d’être soutenus par leurs familles. Ils sont un million et demi à vivre en dessous du seuil de pauvreté en France et des milliers dans l’Ain.

Le propos ne peut pas se résumer -comme je l’ai entendu de la part du président de la Commission des finances à l’assemblée nationale, l’un des vôtres- à un réquisitoire contre l’assistanat. En sommes-nous encore là en 2021 à associer allocation universelle et assistanat -en d’autres temps on aurait parlé de charité ?

De la même manière, votre majorité au Sénat a repoussé la proposition faite d’accompagner de manière transitoire les jeunes dans la difficulté par un dispositif de primes. On ne peut pas dire la difficulté d’avoir 20 ans dans la période et rester les bras ballants. L’idée d’un prêt n’est pas meilleure parce qu’il hypothèque l’avenir avant même de s’être construit une situation.


Notre collectivité a la ressource pour une allocation jeunes dans un moment aussi particulier. Elle en a même l’obligation.
Beaucoup d’indépendants se trouvent aussi en difficulté du fait de la baisse de leur activité ; qu’ils soient non-salariés, auto-entrepreneurs inscrits au registre du commerce ou des métiers, à l’Insee ou à l’Urssaf. Sous condition de justifier une situation de fragilité, une aide ponctuelle de 1000 euros pourrait leur être accordée. Eux aussi subissent de plein fouet la crise actuelle.
Un effort tout particulier devra aussi accompagner le secteur touristique dans la période de sortie de crise. Combien d’établissements -de restaurants notamment- mais aussi de sites patrimoniaux, ou de lieux de loisirs auront le plus grand mal à réouvrir ? En dépit des mesures que nous avons déjà prises et qui -pour partie- ont permis de faire face aux charges.


Notre proposition, c’est de créer un chèque tourisme pour les familles moyennes et modestes de 200 euros utilisable localement à l’occasion de la saison à venir parce que nous savons bien que notre liberté de déplacement sera encore limitée l’été prochain ; l’occasion de redécouvrir notre département, ses richesses et d’être en soutien à l’égard des professionnels du secteur touristique.
Nous proposons d’y consacrer -exceptionnellement- 500000 euros à l’occasion de ce budget : c’est un effort tout particulier mais c’est moitié moins que l’aide aux accueils de loisirs d’un million d’euros que vous avez supprimée au détriment des familles de l’Ain voilà cinq ans. Juste retour des choses donc.

Je veux aussi dire le nécessaire soutien au secteur culturel et à celui de la création. Les lieux de diffusion et les métiers qui en vivent sont à l’arrêt. Les artistes aussi. La culture, elle se fabrique et exige un public, pour l’heure absent. Nous proposons qu’une attention particulière soit portée à la situation des compagnies et des troupes, et à ceux qui les font vivre.
Nous pourrions proposer cet été des spectacles en plein air, en lien avec les territoires, pour relancer le calendrier culturel et mettre en valeur les sites majeurs du département.


Juste considération à l’égard d’un secteur qui j’en suis convaincu fera lien entre nous lorsque nous retrouverons nos habitudes.
Le secteur public ne peut pas tout. C’est certain. Mais le secteur territorial est le grand acteur de l’investissement public : 55% au total. L’enjeu de notre budget, c’est de favoriser la reprise économique et de construire le monde de demain : la transition énergétique et écologique, les nouvelles mobilités et l’équilibre entre les territoires.

Vous nous annoncez une hausse du budget d’investissement de près de six millions d’euros. L’essentiel de cette hausse tient à la mise en oeuvre de la contractualisation avec les communes et les intercommunalités que nous soutenons au travers des fonds dédiés au patrimoine et à la transition écologique.

Mais quid de notre ambition propre ? D’une ambition nouvelle en matière de rénovation énergétique de nos bâtiments ? Les surfaces de nos constructions se chiffrent en dizaines d’hectares et nos 35 collèges sont trop souvent des passoires thermiques.

Les bâtiments sont aujourd’hui à l’origine de 25% des émissions de C02 en France. Il y a urgence à isoler, à rénover pour le confort des utilisateurs et la réduction de notre empreinte écologique.


Il y aussi nécessité de produire l’énergie de demain. Le schéma régional (le SRADET), fixe l’objectif de 54% à l’échelle d’Auvergne-Rhône-Alpes. Ce qui nous oblige -entre autres- à étudier les potentialités photovoltaïques de notre propre parc bâtimentaire et de nos sites.

Voilà un champ qui mériterait un effort particulier pour être au rendez-vous des engagements pris collectivement.
La voirie reste notre premier budget d’investissement mais la mobilité douce doit être soutenue par un effort supplémentaire : sécuriser les circulations en bordure des milliers de kilomètres de routes départementales, voilà un défi à relever. Les changements de comportement nous y invitent dans un département de plus en plus urbain. Nos obligations de décarboner nos déplacements aussi.


Le recours à l’emprunt reste très accessible dans cette période puisque les taux sont extrêmement bas. Et cela devrait durer dans la mesure où la BCE se livre à une politique très accommodante à l’égard des Etats. Raison de plus pour afficher une ambition forte d’investissement.

Plus largement, pour financer l’ensemble de nos propositions, nous nous souvenons que l’an dernier, inquiets quant à un possible retournement du marché immobilier, nous avions minoré de 24 millions d’euros nos recettes de DMTO. Une diminution qui -au final- n’a pas été enregistrée. Autant de moyens qui doivent financer des mesures de solidarité immédiates et ciblées à l’égard des Aindinois en difficulté ; autant de moyens qui doivent aussi nous permettre de répondre à la crise écologique et aux engagements à tenir face à l’avenir.