Session Février 2019 – Intervention de Christophe Greffet sur le budget primitif 2019

INTERVENTION DE CHRISTOPHE GREFFET

RELATIVE AU BUDGET PRIMITIF 2019

Un budget ne peut pas –et ne doit pas- s’apprécier à la seule lecture des ratios comptables –pourtant obligatoires. Un budget traduit des choix éminemment politiques et par conséquent discutables.

C’est le Baron Louis –un ministre des finances au caractère bien trempé- qui un jour avait lancé à ses détracteurs : « Faites-moi de bonne politique et je vous ferai de bonnes finances. »

Vous comprendrez que les arbitrages qui sont les vôtres ne peuvent pas –à nos yeux- conduire à un bon budget.

Il y a déjà cette rhétorique qui consiste à affirmer comme prioritaire ce qui –en vérité- ne l’est pas. Votre soutien à la vie sociale, à la culture, au sport et aux loisirs, c’est un peu la politique du « diable par la queue ». Sans doute un clin d’œil au film éponyme tourné dans l’Ain et sorti en salle voilà cinquante ans tout juste.

Si ces domaines étaient considérés, ils n’auraient pas subies deux millions et demi d’euros de coupes en l’espace de quatre ans.

J’évoquerais la jeunesse. Si elle était un enjeu prioritaire, les familles aindinoises ne se seraient pas vu priver –depuis trois ans déjà- d’un million d’euros de soutien à l’inscription de leurs enfants en accueils de loisirs.

Le chéquier-jeunes, qui devait être l’alpha et l’oméga de votre action en faveur de la jeunesse ne trouve pas son public. Un an et demi après son lancement, il faut avoir la sincérité de le reconnaître. Si le dispositif fonctionnait réellement, c’est-à-dire si chaque collégien le sollicitait pleinement, ce sont plus de trois millions d’euros qu’il faudrait y consacrer. Or vous inscrivez en crédit 280000 euros; dix fois moins.

La jeunesse est l’oubliée de ce budget. Elle occupe pourtant une place essentielle dans ce département.

La sécurité civile serait elle aussi l’une de vos priorités. Mais vous nous proposez de maintenir la contribution financière du département au SDIS à hauteur de 33 millions 140 mille euros. Autrement dit de la « geler » pour la 4ème année consécutive.

Nous sommes en désaccord avec ce choix parce qu’il n’est pas à la hauteur de l’ambition affichée. Faut-il rappeler que nous gagnons chaque année 7000 habitants et qu’il y a des besoins croissants en matière de sécurité ?

Le niveau d’intervention est là pour en témoigner : il a augmenté de 1,2% en 2018.

Conseil d’administration après conseil d’administration du SDIS, les représentants du personnel n’ont de cesse de nous alerter sur les situations tendues dans les casernes et les risques parfois pris faute de moyens opérationnels.

Le soutien à l’investissement ne saurait masquer cette difficile réalité. Si la construction de nouvelles casernes et le renouvellement du matériel sont essentiels à la modernisation de notre modèle de sécurité, il importe que les moyens humains soient eux aussi en adéquation avec les besoins.

Les communes et les intercommunalités voient leur contribution augmenter du niveau de l’indice des prix à la consommation soit 1,3%. C’est-à-dire de 125000 euros de plus que l’an dernier.  Ce qui –par souci d’équité- nous conduit à proposer la même évolution pour la contribution départementale.

Voilà qui dégagerait 430000 euros supplémentaires et permettrait de pourvoir en hommes les secteurs les plus en tension du département. Comment du reste demander davantage aux communes sans montrer l’exemple ?

Et puis disons-le clairement : il manque à ce budget une ambition. Celle qui doit nous voir assumer notre mue écologique.

Nous ne pouvons pas sans cesse nous satisfaire de notre dynamique économique –en particulier industrielle- nous réjouir de notre progression démographique –de plus de 1% annuel- et donc aggraver notre empreinte écologique, sans dire de quelle manière nous entendons réduire nos consommations énergétiques et nos émissions de gaz à effet de serre, produire aussi l’énergie dont nous aurons besoin.

Vous savez sans doute que tous les territoires de l’Ain sont désormais engagés dans cette réflexion et qu’ils mettront en œuvre d’ici quelques mois des plans d’actions chiffrés.

Le moment est venu de dire comment nous les accompagnerons –c’est un axe à travailler dans la perspective de la contractualisation avec les territoires- mais de façon certaine il faudra bien plus que les 200000 euros aujourd’hui prévus au budget.

Songez que l’évaluation de l’ensemble des mesures à mettre en œuvre à l’échelle de l’Ain s’évalue à plus de 100 millions d’euros. Qu’elle part le département prend-il à cette ambition ?

La politique du logement est et doit être un outil de la transition écologique si l’on veut mettre fin au mal-logement et à la précarité énergétique.

Il y a fort à parier que les 10 millions d’euros consacrés au parc public seront insuffisants pour maintenir un niveau soutenu de construction. Un à un les bailleurs sociaux nous expliquent l’amputation de leurs fonds propres à force de réduction des loyers de solidarité et de hausse de la TVA.

C’est même une programmation de moitié qui semble se dessiner en 2019 dans l’Ain et un ralentissement net de l’entretien et de la rénovation urbaine.

Je plaide pour que l’on ait un regard attentif à l’exécution du plan séniors et au portage par les bailleurs des opérations d’habitat destinées aux aînés.

Nous avons aussi à considérer à notre propre patrimoine bâti. Au moment où l’on ambitionne de construire de nouveaux collèges et d’en rénover d’autres, il est essentiel d’afficher nos objectifs en matière énergétique.

J’avais déjà dit ici comment le coût de construction de nos collègues ne devait pas seulement être  mis en rapport avec l’esthétique mais intégrer la nécessaire sobriété énergétique.

C’est notre plan d’investissement tout entier qui doit être revisité et intégrer cette exigence.

Nos pratiques du quotidien doivent aussi être observées : vous nous dîtes le gain opéré sur la masse salariale suite à la réorganisation des agences routières. Mais quand est-il des déplacements des agents et des kilomètres parcourus ? C’est le sens de l’évaluation que nous attendons.

Demain, une même réorganisation va impacter les services sociaux. Quelle mobilité est imposée aux agents ? Avec quelles conséquences sur les distances parcourues ? Là aussi nous espérons des réponses satisfaisantes au plan social et en cohérence avec l’enjeu environnemental.

La transition écologique et énergétique est transversale et doit se traduire au plan budgétaire si nous voulons prendre notre part dans les défis qui s’imposent.

Je suis pour ma part convaincu que l’Ain a une carte à jouer. La terre, c’est aussi de l’énergie : les espaces boisés sont là pour retenir le carbone et les vastes étendues pour capter le soleil et le vent. Il y a matière à produire de l’énergie dé-carbonée, à créer de l’activité et des emplois.

Autant de défis à relever exige de l’ambition. Ce budget en manque cruellement à l’image de la prévision d’investissement qui affiche une baisse. ET en dépit de ressources dynamiques : ce sont près de 30 millions d’euros supplémentaires en l’espace de quatre ans sur lesquels le département peut compter au titre des seuls DMTO.

30 millions d’euros ! Voilà qui devrait soutenir l’investissement alors que vous l’inscrivez en baisse. Il est encore temps –dans les deux courtes années qui restent de ce mandat- d’afficher un projet de développement durable au service des habitants. Ce n’est –et nous le regrettons- pas le cas à l’occasion de cet exercice.