SESSION DECEMBRE 2018 | QUESTION AU PRESIDENT DE CHRISTOPHE GREFFET

QUESTION AU PRESIDENT DE CHRISTOPHE GREFFET

Monsieur le Président,

Chers Collègues,

Il est bien difficile d’ouvrir cette session sans dire un mot des dernières heures et des dernières semaines qui ont vu ces lieux se transformer en camp retranché. Vendredi dernier encore, les fenêtres de ce bâtiment – toutes obturées par des panneaux de bois- laissaient penser à un péril imminent sans équivalent.

Bien sûr, nous savons aujourd’hui que c’est l’Etat et la verticalité du pouvoir qui ont été la cible des gilets jaunes, ici comme ailleurs.

Bien sûr, il y a la nécessité de distinguer ceux qui – laissés pour compte – ont voulu interpeller avec sincérité les pouvoirs publics, des casseurs qui discréditent les combats légitimes et que nous condamnons.

Au-delà de ces certitudes, il y a matière à nous interroger, tous. Ce bâtiment préfecture est aussi l’hôtel du Département. Et Beaucoup de sujets discutés sur les ronds –points ont un lien avec notre action. Qu’il s’agisse des questions de logement, de transport, de services publics dans les territoires, tout cela a à voir avec les choix que nous faisons ici.

Les événements actuels ne sont pas le fait du comportement et de l’action d’un seul homme nous le savons bien, même si les gouvernants doivent assumer. Ils nous viennent de loin –d’une décennie ou de plusieurs. C’est le crédit de l’(autorité publique qui est contesté dans sa globalité. Et ce département en est l’exemple même si l’on se souvient qu’à chaque élection une part toujours plus importante se porte sur le vote extrême.

Que l’élection soit nationale ou locale. Voilà qui doit nous interpeler dans un département où les indicateurs économiques font l’envie de beaucoup.

Nos voisins suisses avaient pourtant vu venir : il y a dix-huit mois – autant dire dès l’élection présidentielle- une étude avait pointé les risques sociaux majeurs liés à la question énergétiques notamment pour les plus modestes.

Nous pourrions considérer au fond que ces événements sont un épiphénomène et qu’une alternance nationale réglerait le tout. Ce serait faire peu de cas du rejet politique ancré dans l’opinion.

Ce sont toutes nos politiques qui doivent être questionnées. Dans le grand débat national qui s’annonce, nous devons prendre notre part,  aller à la rencontre, écouter, votre majorité comme nous-mêmes. Nous y sommes prêts.

Et cela doit s’organiser aussi à l’échelle du département. Au moment où les mairies s’ouvrent, le département ne peut pas rester sourd    aux contestations.  On ne peut pas questionner les Aindinois sur leur gentilé et ne pas le faire en ce moment aussi particulier.

Le grand sujet, c’est comment organiser le service public, comment ne pas générer de nouvelles inégalités territoriales, comment dépenser « utile » au fond.

A cet égard, vous comprendrez notre perplexité à l’égard de votre décision de supprimer six postes d’éducateurs dans les territoires fragiles de ce département. A un moment où notre société donne des signes de délitement, vous abandonnez les communes dans leur volonté d’accompagner la jeunesse. Ça n’est assurément pas le moment.

Bien sûr, il faut aussi et avant tout que l’Etat sache entendre les territoires. Nous avons tenu nos Etats généraux cet été ; il est impérieux qu’en haut lieu, notre voix soit entendue et que les Départements  -dont la mission 1ère est la solidarité territoriale – puissent à nouveau assumer pleinement sa tâche.