SESSION BUDGÉTAIRE FEVRIER 2017 – Christophe Greffet – intervention sur le budget 2017

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INTERVENTION DE CHRISTOPHE GREFFET
RELATIVE AU BUDGET 2017

 

A vous entendre, ce budget aurait à peu près toutes les vertus (…) quand ceux qui vous ont précédé ici ou en charge du pays aujourd’hui, ont beaucoup à se reprocher. C’est un satisfécit qui pour le coup n’a pas d’incidence budgétaire mais qui me rappelle cette phrase de Schumpeter : « Le budget (c’) est le squelette de l’Etat débarrassé de toute idéologie trompeuse ».

Alors si nous auscultions ce budget départemental –sans poudre aux yeux- qu’y verrions-nous ?

Je vous l’accorde, notre autonomie fiscale –c’est-à-dire la capacité de notre collectivité à fixer ses recettes par l’impôt- est en recul constant depuis plus de 15 ans indépendamment des majorités politiques nationales. Je rappellerai tout de même que le coup le plus rude a consisté à nous priver de la TP et de la TH éminemment  dynamiques dans ce département.
Les marges se sont immanquablement resserrées et les départements de droite ou de gauche souffrent aujourd’hui. Il sera donc extrêmement intéressant le mois prochain d’entendre les principaux protagonistes à l’élection présidentielle lors de leur grand oral devant l’ADF –d’entendre leurs propositions à l’égard des départements –non seulement au plan financier mais avant tout en terme d’avenir.

Vous vous faites fort de tenir promesse et de maintenir le niveau de l’impôt sur le foncier bâti dans l’Ain cette année. Dont acte. Vous reconnaissez que vous êtes à la tête d’un département dont la fiscalité est l’une des plus faibles de France. Vos prédécesseurs ici n’attendaient pas meilleur compliment dans la mesure où vous n’avez eu la responsabilité que d’un seul budget.

Ce qui à l’inverse se voit depuis votre arrivée, ce sont les coupes drastiques dans des domaines qui participent au vivre ensemble et à l’accompagnement des plus jeunes. En l’espace de deux exercices, vous avez amputé les crédits à la culture d’un million cent mille euros. Chacun sait bien que la culture, c’est le chemin vers l’émancipation, l’ouverture aux autres et le recul des incompréhensions dans une société guettée par le repli. Supprimer 20% du budget de la culture en deux ans, c’est mettre en difficulté les musées départementaux et le réseau de la lecture publique et bon nombre de partenaires qui une fois de plus encore verrons leur subvention diminuer.

La jeunesse n’a plus de grâce à vos yeux. C’est même une saignée des crédits : 45% de baisse des crédits quand notre département voit naître 7000 enfants par an. Cela appelait une véritable ambition après la création d’un service jeunesse par la précédente majorité ; vous lui tournez le dos.
Alors bien sûr vous avancez l’idée de la carte « jeunesse » dotée cette année de 250 000 euros. Mais cela ne fera pas oublier le million d’euros que vous avez confisqué l’an dernier au détriment des familles en supprimant l’aide aux ALSH.

C’est bien simple, en l’espace de deux budgets la culture, la jeunesse, le sport et les loisirs, la vie sociale aussi, ont perdu  2,4 millions d’euros de crédits.

J’ai bien conscience que ces politiques ne sont pas l’essentiel ; peut-être vous apparaissent-elles comme superflues mais je vous rappellerai ces mots au pays de Voltaire : « le superflu est une chose nécessaire ».

Les politiques centrales de notre département seraient-elles mieux traitées ? Le champ social est en phase de réorganisation et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela inquiète. Non pas par peur du changement ou incapacité à évoluer.

Mais ce qui nous revient le plus souvent c’est que ces propositions semblent sortir d’un chapeau sans lien avec l’audit, sans aucune concertation avec les territoires –et je peux en témoigner en tant que maire et président d’intercommunalité, sans évaluation des déplacements des personnels d’une permanence à l’autre.
Il y a fort à parier que les coûts de transport et de véhicules vont exploser sans satisfaire la nécessaire proximité de service.

Si nous en sommes là à devoir nous réorganiser, c’est que vous contenez la masse salariale au prix –vous nous le dites- d’une gestion rigoureuse.

Comment peut-on stabiliser des dépenses de personnel dans un département dont vous reconnaissez vous-mêmes qu’il compte le plus faible nombre d’agents en proportion du nombre d’habitants ? Et qui connaît une démographie galopante ?

La réponse à cette question n’est pas dans le rapport que vous nous soumettez ; elle n’est pas dans vos propos de ce matin parce qu’elle est inavouable ici.

Mais lorsque vous vous exprimez devant les vôtres ; lorsque vous vous laissez aller en présence de votre champion à l’élection présidentielle, il y a deux semaines à Oyonnax, vous l’avouez franchement et sans retenue : « la masse salariale, je vous cite, est stabilisée grâce aux non-remplacements de départs en retraite. »

Et dans un même élan –vous voyant déjà au 80 rue de Lille, au ministère de la fonction publique sans doute- vous ajoutez devant ces 3000 personnes : « ce que nous faisons aujourd’hui dans l’Ain, nous pouvons le faire en France. Oui, il est possible de ne pas reconduire 500000 postes de fonctionnaires en cinq ans ».

Tout est dit et j’imagine que l’on vous a applaudit à tout rompre mais ceux qui ne vous applaudissent pas monsieur le président, ce sont les agents et les usagers du service départemental.

Parce que notre personnel donne beaucoup vous le savez et les plus fragiles ont assurément besoin d’eux.

Le Fillonnisme affirmé et assumé que vous revendiquez paraît aujourd’hui déjà dépassé. Mais le budget de ce département en est fortement imprégné. Ce qui a de quoi inquiéter dans une collectivité en charge de la solidarité.